9.4.13

Le Liban rêvé d’un occidental : ou le pouvoir de la littérature

Depuis que j’ai mis les pieds pour la première fois au Liban, moi petit européen ignorant de l’Orient, je me suis pris d’une passion soudaine pour ce qu’on écrit sur ce pays, ou sur les romans qu’on y situe, et je ne sais pas pourquoi, le Liban que j’ai découvert dans les livres m’a touché, et me fait dire que ce pays est, pour paraphraser ses habitants « le plus beau pays du monde », en connaissant bien entendu la sciences légendaire de l’exagération des libanais.

De grands auteurs ont écrit sur le Liban : Lamartine, Nerval et Chateaubriand pour ne citer qu’eux, l’on aimé et y ont séjourné avec plaisir, lui donnant une certaine image d’Epinal certes, mais qui n’est pas dénuée de vérité. D’ailleurs les livres ne sont jamais dénués de vérité : les trois écrivains précités parlent de l’argent qu’ils ont laissé… Mais ces grands romantiques ont commencé à construire mon imaginaire libanais, au-delà des conflits et des problèmes de la vie quotidienne, et à part ma femme, c’est sans doute les trois personnes qui m’ont fait aimer le Liban, jusqu’à présent. Mais les français n’ont pas l’apanage de la glorification du Pays du Cèdre, d’ailleurs qui d’autre pourrait mieux le faire que ces habitant eux-mêmes ! Alexandre Najjar, Amine Maalouf, Venus Khoury-Ghata, Nadia Tuèni m’ont tous permis de joindre le rêve à la réalité : tous parlent des conflits, de ce qui s’y est passé, mais ils ont su aller plus loin en y plaçant des histoires, en y créant des personnages issus de leurs réalités, de leur intimité avec leur Terre, et c’est là ce qui fait aimer le Liban. Pour un occidental, le Liban est un pays en guerre permanente (excusez moi le stéréotype, mais nos journaux vous présentent comme cela, même si je connais la réalité, maintenant), mais le fait de lire des écrivains aimant leur pays, et le faisant aller au-delà de la guerre, le transcende ; et m’ont permis d’avoir envie de le découvrir et de l’aimer ; et désolé pour la bouffe, les chicha-deliveries et les Roof Tops, mais Alexandre Najjar m’a rendu le pays plus aimable que vous (sans offense pour toutes les charmantes « tantes » que je connais là-bas).

Au delà des écrivains académiques, de simple bloggeurs publiant des livres, comme Toom Extra, ou Nasri Attallah, ou comme le nombre de « You know what… » ou de récits tous plus ou moins littéraires publiés sur le et au Liban sont des choses merveilleuses, des textes qui présentent un autre Liban, un Liban personnel, différent de la grande Histoire. Des récits de vie comme celui de Darina Al-Joundi, qui font que, malgré le tragique, on aime ce pays pour les personnages fictifs qu’on sait exister dans quelques recoins de ce pays. Bref, comment un pays qui peut produire autant de littérature, d’histoire et d’imaginaire autour de lui ne peut il pas être aimable ? Le Suisse n’a que peu de vrais écrivains qui écrivent sur elle (et qui se doivent de la détester), mais le Liban en foisonne !

Merci donc à tous ces auteurs de m’avoir fait aimer le Liban, même si cela paraît fleur bleue, n’oubliez pas ce que j’ai dit au début : « Les livres ne sont jamais dénués de vérité... »

5 comments:

  1. C'est certainement le pouvoir de la literature mais qu'en serait-il de son utilite sans l'interminable puissance qui est l'imagination. Tel une terre fertile, temps qu'on l'arrose quotidiennement de savoir, culture, on en cueille les fruits!
    Rester curieux, vagabonder dans l'imaginaire, rever quoi! A mon avis c'est un savoureux cocktail: les expressions artistiques (grace auxquelles nos sens se reveillent afin d'eveiller l'esprit) se combinent avec ce que le cerveau retient deja dans son inconscient et ainsi de suite.

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    1. Je suis tout à fait en accord avec ton commentaire, surtout en ce qui concerne le terreau fertile, car en dehors du sujet littéraire qu'il peut être, le Liban regorge d'artistes et de projets intéressants. Il y a un potentiel artistique énorme dans ce pays, et son potentiel en matière d'imaginaire et selon moi quasi sans limite (mais n'est pas là le propre de grande nation ayant connu trop de guerres?). Regarde ne serait-ce que le nombre de blogs, ou d'écrivain publié au Liban, la chose est impressionante! Beyrouth, ne serait.ce qu'elle, reste une ville romantique au sens de Nerval (enfin, les vieux quartiers...)et permets justement de baigner dans l'univers r^vé que tu sous entends...

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    2. L'imaginaire collectif Libanais est basé sur des fausses gloires, une histoire mal racontée, un sentiment de nationalisme destructeur et naïf et les impacts psychiques d'une guerre qui continue froidement. La crise d'identité que vit le pays depuis au moins 100ans est l'impact d'un imaginaire collectif "perturbé".

      Un grand travail est nécessaire et doit commencer par chacun d'entre nous. Les écritures des occidentaux n'ont jamais retranscrit la réalité mais leur propre et personnel vision de l'orient et de la montagne (cf. E. Said)


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    3. Je n'entrerai pas en matière sur les "fausses" gloires, mais l'imaginaire dont je parlais, maintenant que j'y pense, était effectivement plutôt celui des occidentaux, comme tu le relèves, mais en même temps, qui te dis que l'ensemble de la population libanaise soit justement en pleine crise? Il est clair que la guerre a clairement influencé l'imaginaire libanais, mais j'ai comme le sentiment que la jeunesse libanaise essaye justement de sortir de cette crise et d'arriver à quelque chose de nouveau, pour aller au-dleà justement des hisoires mal racontée, et des imaginaires pluriels.

      Sur une autre note, j'ai relu récemment le "1984" de Orwell, et je ne sais pas pourquoi, plus les page avance, et plus j'ai l'impression que le Liban ressemble un peu à ce roman.Mais peut-être qu'Edward Said en aurait autre chose, mais un écrivain libanais peut aussi retranscire sa propre vision de l'Orient, sans forcément être celle que le Big Brother phénicien lui a imposée...

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    4. Merci Jack pour cet hommage à notre cher petit pays. Avec tous les conflits, les problèmes, les guerres (chaudes et froides) sur ses terres, et toutes les contradictions qui l'envahissent, le Liban reste un jardin de créations artistiques dans tous les domaines et dans la réalité quotidienne et non pas seulement dans l'imagination créatrice des Libanais! Il est lui-même une réalité inconcevable ailleurs et si beau sur place malgré tout ce qu'on pourrait dire de mal! et ce que tu écris ne paraît pas du tout fleur bleue !

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